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Souviens-toi, lecteur assidu de Stars-Oubliées.com : tu avais 14 ans, tu venais de racheter le vieux Vespa de Tonton Jacky, les Guignols de l’Info n’étaient pas encore sortis de l’imaginaire de François Rollin et, loin d’être éveillé aux subtilités lyriques de Guy Bedos, tu aiguisais timidement ton sens critique sur l’humour avant-gardiste du Bébête Show...
Alors, tous les soirs de 1982 à 1993, juste avant le journal télévisé d’Yves Mourousi, tu nourrissais tes neurones des calembours facétieux de marionnettes en carton-pâte rassemblées autour du zinc d’un banal Café du Commerce.
Et là, calé dans ton fauteuil, entre Kermitterand (la marionnette de feu François Mitterrand était un mélange du président et de Kermit la grenouille) et Black Jacques l’oiseau de mauvais augure, tu le découvrais : lui, le beau, le frisottant, le strabismant Jean Roucas, auteur et imitateur adulé du plus grand spectacle télévisé comique des années 80.
En effet, avec ses non moins oubliés comparses Jean Amadou et Stéphane Collaro, Jean Roucas a écrit les textes et prêté sa voix de stentor aux nombreux politicars-polichinelles en mousse de balle de tennis, si finement caricaturés, qui venaient embellir le quotidien déprimant de millions de Français de droite : Giscard d’Estaing en vautour, Chirac en corbeau, Sarkozy en caniche, Balladur en pélican, Jospin en prof, Bérégovoy en juge, Georges Marchais en cochon, Raymond Barre en ours, Edith Cresson en lionne, Jack Lang en chèvre, Laurent Fabius en écureuil, et l’infame et dégoulinant Le Pen en Bécassine.
L’écriture était soignée, les décors fouillés, la répartie affûtée et la critique acerbe : tous les ingrédients du succès réunis dans un cocktail détonant de bonne humeur enfantine ! Que demande le peuple, sinon un p’tit chouilla de poésie en plus ?