- La maison de retraite Hervé Vilard -

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On se doute bien que le Beau Hervé Vilard, l’homme aux initiales BHV ne retire de cette brève escapade à l’étranger que quelques heures de vol et des souvenirs de salles vides ; car bien entendu, seules les petites françaises au grand cœur et au brushing impeccable peuvent apprécier notre beau « Vévé ».
Sorti des bals populaires, nada !
Hervé hors ambiance midinettes c’est comme un Bruel sans collégiennes, comme un Johnny sans routiers sympas, comme un Dick Rivers sans sa tête d’ours... Bref, l’essentiel est dans la salle, pas dans les textes.

Pas de problème. Hervé assume, on ne change pas une équipe qui gagne... un peu. Et comme Dalida, sa marraine dans le métier, lui répétait toujours dès qu’il souhaitait enfiler des vêtements moins « gentleman lover » : « Hervé remets ton petit costume et va chanter, ne mets pas le blouson de cuir des voyous. Tu es beau dans ton petit costume ».

Alors Hervé remettait péniblement son petit costume taille 34, coupe cintrée jusqu’aux aisselles et pantalon biseauté. Hervé se taisait. Hervé chantait, encore et toujours les mêmes chansons, dans les mêmes salles devant les mêmes midinettes... qui le suivaient dans tous ses déplacements (pourquoi faire une tournée mon lapin ? T’étais pas bien au village sous le barnum municipal ?) .

Hervé est jeune, est beau et a beaucoup de succès : il cultive les disques d’or et de platine comme Nicolas le jardinier fait pousser les potirons et les navets. Rends toi compte, joyeux lecteur, 45 millions d’albums vendus dans le Monde (pour comparaison, l’immense Philippe Risoli a bloqué son compteur à 40 000 galettes...) ! ! !
En français et en espagnol, s’il vous plaît !
Paulette Coquatrix déclare même à la presse que le petit homme brun fait partie des ses artistes favoris : « Avec Hervé je plane, je plane très souvent ». Il survole d’ailleurs une petite dizaine de fois l’Olympia, salle comble, un comble.

Christophe et Michèle Torr deviennent ses amis au détour de soirées arrosées (il emmenera d’ailleurs danser Michèle plusieurs soirs de suite...), sans excès car Hervé soigne sa voix. La grande Nicoletta le réclame de plus en plus souvent pour des duos endiablés, sans excès car Hervé soigne ses choix.

Tout le gotha l’entoure à la fin des années 70. « Vévé le magnifique » est au summum de la gloire lorsqu’en 1982 est créé le Club des amis d’Hervé Vilard, dont l’emblème est un goéland. L’association est bien plus qu’un fan-club, il s’agît d’un groupe activiste oeuvrant pour la carrière du gourou : réunions mensuelles, soirées à thèmes, débats animés, déplacements de soutien... Le programme est chargé, les activistes aussi. Si Hervé avait été sumo, il aurait été élevé au rang de Yokozuna : demi-dieu...
Mais Hervé pèse 50 kilos et préfère les costumes cintrés aux couches-culottes asiatiques.
Pourtant il chante « Sayonara » en japonais et fait sa Mireille Mathieu sur les scènes nippones au début des années 80. L’artiste va même pousser les japoniaiseries jusqu’à devenir l’idole de Marguerite Duras : « Je ne peux m’empêcher de penser à vous. Continuez d’être vous-même » lui écrira l’auteur de L’Amant dans une missive enflammée.

Hervé apprécie. Mais Hervé a d’autres chats à fouetter. Son fond de commerce, c’est les reprises de Toto Cotugno. Le Français avait déjà adapté « Reviens » et « Méditerranéenne », qui restent encore aujourd’hui parmi ses plus grands succès, et tentent de franciser deux ou trois autres titres du crooner italien au moment où sa carrière commence à sentir la retraite.

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