Ensuite, Hélène est chanteuse... Toutefois, là encore, ne pas se faire d’illusion, la vérité de la musique est ailleurs. Azoulay écrit les chansons. Azoulay est le producteur d’Hélène. Azoulay écrit le scénario des épisodes d’Hélène et les Garçons. Conséquence : Azoulay s’arrange pour recaser les chansons des albums d’Hélène dans la sitcom et croyez-moi, ce n’est pas Laly ou Bénédicte qui les chantent. Inutile de préciser que ce sont toutes des chansons d’amour, avec un fonds sonore aussi peu sophistiqué que possible. On se souvient que le générique d’Hélène et les Garçons intitulé "Dans les yeux d’une fille" fut le premier grand succès d’Hélène. Chanson tristement célèbre dont les premiers accords s’entendaient au moment où la caméra faisait un plan sur le panneau "Paris XIV" puis avec le fondu vert sur la façade de la Cité U. Je suis sûr que ça dit quelque chose à tout le monde. Là a commencé la saga Hélène... A l’origine de l’humanité, je dis...
Quant aux motivations poussant Hélène à chanter (je parle du personnage ; pour ce qui concerne la personne, j’imagine que c’est parce qu’on lui a fait porter le costume de Bernardo, et non de Zorro, quand elle était petite -vous savez, avec le banjo), elles sont diverses et toutes assez mystérieuses ou plutôt alambiquées. Exemples : Nicolas écrit une chanson d’amour à Hélène et c’est Hélène qui la chante...de quoi devenir schizophrène ! Christian écrit une chanson d’amour à Johanna. Il demande que ce soit Hélène qui la chante. Bon après, on pense ce qu’on veut de la qualité des prestations d’Hélène, mais toujours est-il qu’elle s’acquitte à chaque fois avec grande passion de cette tâche, ce qui vaut par la suite d’inévitables scènes bien larmoyantes dans le style "quelle belle chanson, j’en avais des frissons partout". Mon œil. Ils ont rien entendu du tout, car c’est le play-back qui a marché. Il ne faut pas nous la faire. Si les scènes de chanson sont parmi les plus pathétiques de la sitcom, certaines d’entre elles sont également de joyeux moments kitschs et invraisemblablement ridicules. Dans le Miracle, après le retour d’Hélène, elle écrit le texte sur une musique de Nicolas en gros pour lui expliquer qu’elle voudrait se remettre avec lui (c’est Linda qui va se faire avoir encore une fois). Eh bien dans la scène, le play back est clairement en avance sur le mouvement des lèvres, tandis que les camarades d’Hélène prennent leur air le plus mélancolique et bougent lentement comme des fans de Patriiiiick Bruel du temps de son âge d’or. Mais le sommet de tout est atteint lorsqu’Hélène dans le Miracle s’apprête à partir pour la première fois (sa vieille grand-mère d’Australie est malade). Tous ses amis lui font la "surprise" de chanter en l’honneur d’Hélène une version revue de "Je m’appelle Hélène". A l’issue de laquelle, Hélène s’esclame "Moi, je vous aime", ce qui est le titre d’une autre chanson d’Hélène. En d’autres termes, Azoulay arrive à faire de la promo pour deux chansons d’Hélène en moins de deux minutes. Un vrai marchand de tapis.
Mais ne tirons pas sur l’ambulance. Hélène n’est que la victime d’Azoulay et ce n’est en rien de sa faute si elle est contrainte à se transformer en grande guimauve pour les besoins de la production. Et il faut rendre grâce à Hélène d’avoir plongé la jeunesse des années 90 dans une profonde méditation quant à l’hypothèse d’une vie extra-terrestre. Je m’explique : parfois je me suis même surpris à comparer Hélène à Candy ou à Saylor Moon. Incroyablement constante d’humeur, pas de "oh fait chier, 6h’ du mat, c’est un peu tôt pour la salle de sport" ou "je me suis prise une grosse cuite hier, j’ai envie de vomir" sans parler de "tu me gonfles avec tes histoires, c’est la millième fois que tu es trompée par José, quand est-ce que tu vas prendres consciences que tu es vraiment maso ?". Non, rien de tout cela, que du positif. En plus, elle a inventé son propre look, sorte de style baba-cool sans les lunettes rondes et les fleurs. A ce titre, elle fut épargnée par les habilleuses d’AB, mais c’est sûrement son allure naturellement "sympathique" qui l’a sauvée...
Suite